Changement climatique et entreprises : état des lieux, risques et leviers d’action pour les PME et ETI
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Face à l’intensification des dérèglements environnementaux, le climat s’impose désormais comme un enjeu stratégique majeur pour les entreprises, influençant à la fois leur fonctionnement, leur rentabilité et leurs choix de développement.
Ce que le dérèglement climatique change concrètement pour les PME et les ETI
Comme le souligne le rapport du Réseau Action Climat, publié en septembre 2024, les impacts du changement climatique sont aussi divers que le sont les territoires français. De fait, toutes les régions, sans exception, seront exposées – et le sont déjà – à des risques qui leur sont propres. Bien que certains s’imposent plus urgemment à l’échelle nationale, comme les canicules et vagues de chaleur qui toucheraient « moyennement » ou « fortement » près de 60 % des PME et ETI françaises, les risques climatiques sont multiples : tempêtes (42 %), sécheresses (38 %) et inondations (35 %) inquiètent aussi de nombreux dirigeants d’entreprise.

En règle générale, le changement climatique fait peser plusieurs risques importants sur les entreprises, toute taille confondue, qui interfèrent directement avec leurs activités :
Des risques physiques : les sites et infrastructures sont directement exposés aux aléas climatiques.
Des risques humains : les équipes et conditions de travail sont elles aussi impactées avec des salariés particulièrement vulnérables comme ceux travaillant en extérieur. Ces contraintes peuvent notamment conduire à une baisse de la productivité.
Une perturbation des chaînes d’approvisionnement : défaillance des fournisseurs, raréfaction des ressources et intrants, hausse des prix des matières premières… Une situation aggravée par la vulnérabilité de certaines filières (agricole, minière, etc.).
Des risques économiques et assurantiels : les coûts d’exploitation augmentent et les conditions d’assurance peuvent se durcir rendant les pertes plus significatives en cas de sinistre.
Des risques commerciaux : Les attentes des clients, des banques, des investisseurs et des donneurs d’ordre évoluent pouvant engendrer une transformation du modèle économique des entreprises.
Les entreprises s’exposent également à des risques juridiques : les réglementations évoluent, à tout niveau, en suivant une tendance de renforcement des mesures en faveur de la transition écologique et énergétique. Ne pas se mettre à la page, ou du moins ne pas anticiper ces évolutions, peut accentuer les coûts de ces investissements et faire encourir des sanctions financières.
Le sujet ne concerne donc pas uniquement les grands groupes : les PME et ETI sont souvent plus vulnérables car elles disposent de moins de ressources et d’une dépendance plus forte à des sites, clients ou fournisseurs. Selon une étude de Goodwill Management, c’est aujourd’hui 82 % des PME et ETI qui pensent être un jour affectées par le changement climatique. Pour autant, 54 % d’entre elles ne s’estiment pas prêtes à en affronter les effets.
Le même constat s’observe à l’international : d’après une étude de la Banque européenne d’investissement datant de décembre 2025, plus des deux tiers des entreprises de l’UE interrogées déclarent déjà ressentir les incidences des dérèglements climatiques sur leurs activités et avoir enregistré des pertes financières liées à différents types d’aléas climatiques (sécheresses, inondations, feux de forêt et tempêtes). Les entreprises situées dans le sud de l’Europe, en particulier, déclarent plus fréquemment être touchées par des phénomènes météorologiques extrêmes.
Le climat, un enjeu désormais stratégique pour les entreprises
Face aux risques climatiques, les entreprises ont tout intérêt à adopter une posture proactive. Les stratégies d’adaptation peuvent en effet devenir de véritables leviers de développement. Le climat ne doit donc plus être perçu comme une contrainte, mais comme une opportunité de transformation, d’innovation et de valorisation.
Plusieurs opportunités se dégagent pour les entreprises, parmi lesquelles :
Un avantage concurrentiel : prendre en compte les enjeux climatiques dans ses choix de développement c’est s’assurer une position d’avant-garde et se différencier de ses concurrents à la fois envers les consommateurs et envers les talents de demain.
La réduction des coûts : par l’optimisation énergétique, par la réduction des déchets, par une meilleure efficacité des ressources, des mesures qui réduisent significativement les coûts techniques des entreprises.
Un accès facilité aux financements : une attractivité accrue auprès des investisseurs sensibles aux critères ESG, qu’ils soient privés ou publics (d’autant que les attentes de la société évoluent vers un affermissement des exigences de transition).
Le renforcement de la marque : amélioration de l’image et de la réputation auprès des consommateurs et partenaires, ce qui peut également impliquer la fidélisation des clients.
Un positionnement sur les marchés d’aujourd’hui et de demain : accès à de nouveaux marchés (bas carbone) et participation à la structuration d’industries émergentes
En somme, pour une entreprise, intégrer les enjeux climatiques à sa gouvernance améliore sa résilience dans le temps, sur son territoire et dans son secteur économique.
Atténuation et adaptation : deux impératifs complémentaires
Pour devenir résilient face aux risques climatiques, deux mesures complémentaires s’imposent : l’atténuation et l’adaptation.
L’atténuation est l’une des politiques environnementales majeures : elle vise à limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) pour réduire l’ampleur du réchauffement climatique. Plusieurs solutions existent déjà : opter pour des mobilités douces, choisir la rénovation énergétique des bâtiments, développer les énergies renouvelables, etc. Concrètement pour une entreprise, il s’agit d’abord de déterminer l’ampleur de ses émissions afin de prendre des mesures de réduction en termes d’énergie, de transports, d’achats et à terme d’engager une réelle trajectoire bas carbone.
Mais si l’atténuation demeure essentielle pour réduire les émissions de GES, l’adaptation est, quant à elle, cruciale pour anticiper et limiter les impacts économiques et humains provoqués par le changement climatique. En effet, réduire ses émissions ne protège pas automatiquement contre les vagues de chaleur ou les ruptures d’approvisionnement ; à l’inverse, s’adapter sans réduire son impact expose à des pressions réglementaires, commerciales et financières.
Pour une entreprise, s’adapter revient premièrement à identifier les risques climatiques précis qui pèsent sur ses activités. Des outils comme les études de vulnérabilité permettent de le déterminer. Il s’agit ensuite d’établir une cartographie des risques afin de sécuriser les sites et approvisionnements. Une véritable stratégie à long terme est nécessaire pour préparer l’entreprise à fonctionner dans un climat futur plus instable.

Pour élaborer leurs stratégies d’adaptation, les entreprises peuvent se baser sur le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) du 10 mars 2025. Celui-ci s'appuie sur une trajectoire de réchauffement de référence (TRACC) définie à partir du scénario tendanciel établi par les experts du GIEC, et sert de référence à toutes les actions d’adaptation menées en France. Dans le scénario retenu, le réchauffement mondial se poursuit et atteint + 3°C en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle, soit environ + 4°C en moyenne en France métropolitaine.

Un cadre public et réglementaire qui pousse les entreprises à se structurer
À l’échelle européenne, plusieurs obligations de reporting s’imposent aux grandes entreprises soumises au reporting extra-financier ou au devoir de vigilance, ce qui a pour conséquence d’étendre les exigences à l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement. Dans ce contexte, le standard VSME devient un repère utile pour les PME qui ne sont pas dans le champ complet de la CSRD mais doivent tout de même répondre aux demandes du marché. L’EFRAG, le Groupe consultatif européen sur l'information financière, a ainsi publié la norme VSME avec l’ambition de fournir un cadre structurant et harmonisé, mais moins complexe que les exigences de la CSRD. Il a été pensé pour permettre à ces entreprises de :
Informer les parties prenantes et investisseurs, afin de faciliter les choix éclairés sur la durabilité des entreprises ;
Améliorer la performance durable de l'entreprise ;
Contribuer à une économie plus durable et plus inclusive.
Ce standard VSME est également présenté comme base du futur cadre volontaire pour les entreprises hors champ CSRD dans le contexte Omnibus. En effet, depuis l’adoption de la directive Omnibus le 24 février 2026 dernier, environ 80 % des entreprises jusque-là concernées par la CSRD sont sorties du dispositif légal obligatoire. Il s’adresse donc aujourd’hui à un public bien plus large. Bien que pensé comme un outil à destination des PME, de nombreuses ETI s'en emparent déjà pour faire de la RSE un outil de compétitivité et notamment cartographier leurs risques.
Pour plus d'informations sur le standard VSME, retrouvez notre guide dédié sur le site d’ECO-ECO.
Comme évoqué plus tôt, le gouvernement français a récemment publié son troisième PNACC qui a pour objectif d’adapter la société dans son ensemble au réchauffement climatique. Pour y parvenir, le plan prévoit 52 mesures traitant tous les impacts du changement climatique. Adapter la société étant adapter les entreprises, des actions sont spécialement prévues pour encourager la prise en compte de plans d’action d’adaptation au sein des entreprises. Par exemple, la mesure 33 « Mobiliser tous les secteurs économiques : intégrer l’adaptation au changement climatique dans les stratégies des entreprises » qui comprend six actions :
Inciter les entreprises à élaborer leur plan d’adaptation, afin de pérenniser leur activité
Inclure les enjeux de l’adaptation dans les actions de sensibilisation-formation à la transition écologique réalisées par les CCI (Chambres de commerce et d’industrie) et CMA (Chambres des métiers et de l’artisanat) auprès des PMI
Intégrer l'adaptation dans les missions des Directions (régionales) de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités
Assurer un recours massif des PME et TPE à la plateforme numérique Transition écologique des entreprises
Animer un groupe de travail inter-filières au sein du Conseil national de l’industrie destiné à faciliter l’appropriation des outils génériques et sectoriels d’adaptation, le partage d’expériences et la définition de travaux à mener en commun
Construire une méthodologie pour déterminer la résilience des chaînes logistiques face au changement climatique
L’évolution de ces cadres réglementaires témoigne des attentes croissantes de la société en matière de responsabilité des entreprises, dans lesquelles les financeurs et autres partenaires occupent une place déterminante. De fait, les banques conditionnent de plus en plus leurs financements aux critères ESG et les assureurs ajustent désormais leurs couvertures en fonction des risques climatiques. Par ailleurs, l’accès aux marchés publics intègre de plus en plus de clauses environnementales, renforçant la nécessité d’anticiper ces enjeux. Enfin, les filières sectorielles structurent progressivement des exigences communes, incitant les entreprises à s’aligner collectivement sur des trajectoires de transition et d’adaptation.
Les outils et repères à disposition des PME et ETI
Plusieurs plateformes publiques permettent aujourd’hui d’accéder à des données et outils essentiels pour comprendre et anticiper les effets du changement climatique sur les territoires. Le portail DRIAS – Les futurs du climat constitue une référence en matière de projections climatiques pour l’adaptation des sociétés. Il met à disposition des jeux de données tels que « DRIAS-2020 » ou « TRACC-2023 », qui offrent des scénarios détaillés d’évolution du climat à différentes échelles temporelles et géographiques.
Dans une approche plus spécifique des ressources en eau, le portail DRIAS Eau propose une vision des risques liés aux bilans hydriques des territoires, permettant d’anticiper les tensions sur la ressource en eau. Par ailleurs, la plateforme Sealevelrise.brgm.fr, développée par le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), permet d’évaluer les risques de submersion marine en lien avec la montée du niveau de la mer, enjeu crucial pour les zones littorales. Enfin, le site Georisques.gouv.fr offre un accès simplifié à l’ensemble des risques naturels et climatiques à partir d’une adresse postale, facilitant ainsi la sensibilisation et la prise de décision à l’échelle locale.
Dans cette dynamique d’accompagnement des acteurs économiques, la Banque de France a mis gratuitement à disposition des entreprises françaises, en février 2026, l’ODACC. Il s’agit d’un outil permettant d’évaluer leur exposition aux aléas climatiques et d’identifier les axes d’action prioritaires. Il est accessible via le portail Espace dirigeant, sur le site de la Banque de France. Il donne accès, entre autres, à une cartographie interactive des principaux risques (chaleur, froid, précipitations, sécheresse, incendie, vents) et un indice d’exposition gradué pour chaque aléa afin de définir les priorités d’adaptation.
Enfin, l’outil OCARA développé par l’ADEME et Bpifrance, en partenariat avec Carbone 4, permet aux organisations d’analyser leur résilience face aux risques climatiques et de structurer une démarche d’adaptation, en cohérence avec les enjeux territoriaux et sectoriels. Il s’agit d’un référentiel, comprenant à la fois une méthode et un outil de travail (Excel) permettant de réaliser un diagnostic d'adaptation complet. Cet outil gratuit a été pensé en priorité pour les PME et ETI.
Par où commencer dans une petite ou moyenne entreprise ?
Aujourd’hui, de nombreux cabinets spécialisés dans les stratégies climatiques existent et permettent aux PME et ETI qui le souhaitent et le peuvent d’être accompagnées et guidées dans la démarche d’adaptation au changement climatique. Pour autant, l’existence des outils institutionnels précités facilite la prise en main directe par les PME et ETI de ces enjeux. Si enclencher le mouvement peut s’avérer difficile et parfois paralysant, notamment devant l'ampleur de la tâche, nous vous proposons une marche à suivre sommaire des grandes questions à se poser.
La première étape à ne pas négliger est de s’informer. Il existe plusieurs publications en ligne et disponibles gratuitement, élaborées par des agences publiques et même des cabinets privés spécialisés. On peut ainsi citer les différents guides de l’ADEME (disponibles sur la Librairie en ligne) ou encore la méthodologie OCARA de Carbone 4.
Une fois sensibilisées à ces enjeux, les PME et ETI doivent déterminer les facteurs de vulnérabilité qui touchent leurs activités en interrogeant l’ensemble de leur chaîne de valeur. Il est important, et nécessaire, de prendre en compte tous les maillons de la chaîne, qu’ils soient internes ou externes au périmètre propre à la société, dans la mesure où ils ont une incidence quelconque sur l’activité de l’entreprise. Une fois sélectionnés, ces maillons doivent être analysés à la lumière des différentes menaces climatiques qui pèsent sur eux, pour cela différents outils gratuits (listés plus haut) permettent de réaliser les projections ciblées. De ce diagnostic se dégagent ainsi les sujets de préoccupation potentiels et les axes à prioriser.
Cette étude de vulnérabilité est une première analyse qui va permettre de développer une stratégie globale pour penser la pérennité de l’entreprise. Une étude de Bpifrance a mis en évidence les différentes possibilités qui s’offrent à une entreprise face aux risques établis :
l’acceptation du risque (maintenir l’état actuel des choses malgré les risques identifiés),
la réduction du risque (protections, accommodations),
l’évitement du risque (abandons ou réorientations de projet),
le transfert du risque (renforcement des polices d’assurances).
Au-delà de ces options, le diagnostic de vulnérabilité peut également être considéré comme base pour transformer le modèle d’affaires de l’entreprise et saisir de nouvelles opportunités : nouvelles ressources, nouveaux produits, nouvelles clientèles, etc.
Après que les axes stratégiques ont été posés, un plan d’action est privilégié pour adapter concrètement l’entreprise au changement climatique. La dernière étape consiste en un suivi des objectifs décidés. La résilience d’une entreprise peut s’évaluer par différents indicateurs tels que la continuité d’activités, le confort de travail des salariés, le recul des tensions sur les ressources, la mise en place d’alternatives pertinentes aux ressources sous tension, etc.
Conclusion : anticiper plutôt que subir
En conclusion, le changement climatique impacte déjà lourdement les PME et ETI en exposant leurs activités à des risques physiques, économiques, réglementaires et réputationnels. L’adaptation et l’atténuation deviennent des impératifs pour sécuriser les opérations, réduire les coûts et saisir de nouvelles opportunités. Bien que leurs moyens soient plus réduits que ceux des grandes entreprises, il existe aujourd’hui des outils concrets pour guider et accompagner les PME et ETI dans la structuration de leur stratégie climatique d’adaptation. En effet, des solutions se développent aujourd’hui par la voie réglementaire et par l’évolution des pratiques de certaines entreprises engagées : il devient possible et à moindre coût pour les petites et moyennes entreprises de s’imposer comme des acteurs de la transition écologique et d’anticiper les risques inévitables auxquels elles sont confrontées. Mieux vaut donc agir dès à présent que subir demain !
