Le guide du stress hydrique pour les PME : comprendre, évaluer et anticiper les tensions liées à l’eau dans son activité
- Marilou Carde | eco-eco
- 1 juil.
- 13 min de lecture
Le réchauffement climatique transforme profondément les conditions de disponibilité de la ressource en eau et constitue désormais un défi majeur pour les territoires, les écosystèmes et les activités économiques.

À l’échelle mondiale comme en France, l’augmentation des températures et la modification des régimes de précipitations entraînent une pression croissante sur les ressources hydriques, avec des conséquences déjà visibles sur les milieux aquatiques. Ces évolutions favorisent notamment la dégradation des écosystèmes, l’altération parfois irréversible de certains cours d’eau ou zones humides, ainsi que des phénomènes d’eutrophisation (liés à l’accumulation excessive de nutriments tels que l’azote et le phosphore).
Dans le même temps, les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses, en particulier dans le sud de la France, où les tensions sur la ressource s’accentuent. Dans ce contexte, la gestion durable de l’eau apparaît comme un enjeu central d’adaptation au changement climatique et de résilience des territoires mais aussi des entreprises.
Quels usages de l'eau aujourd'hui en France métropolitaine ?
En France métropolitaine, l’eau prélevée dans les rivières, les lacs et les nappes souterraines est utilisée pour plusieurs grands secteurs d’activité. Mais il faut faire une distinction importante entre deux notions :
Les prélèvements : ce qui est extrait du milieu ;
Les consommations : la part du prélèvement qui n'est pas directement restituée au milieu.
En effet, une partie importante de l’eau prélevée est restituée au milieu naturel après utilisation. À l’inverse, certains usages consomment davantage d’eau parce qu’elle s’évapore, est incorporée aux produits ou n’est pas immédiatement restituée.
Ainsi si l’on considère les volumes d’eau prélevés, les principaux usages sont :
Le refroidissement des centrales de production d’électricité (environ la moitié des prélèvements d’eau en France) : une grande partie de cette eau est toutefois restituée au milieu naturel après usage.
L’alimentation en eau potable : destinée aux ménages, aux administrations et aux activités tertiaires.
L’alimentation des canaux de navigation : pour le maintien des niveaux d’eau nécessaires au transport fluvial, au fonctionnement des écluses et à certains usages récréatifs.
L’agriculture : principalement pour l’irrigation des cultures, avec des besoins particulièrement élevés en période estivale et dans certaines régions (le Sud de la France notamment).
L’industrie : utilisation dans les procédés de fabrication, le refroidissement, le nettoyage ou comme ingrédient dans certains produits.
Autres usages : l’entretien des espaces verts, loisirs, le tourisme ou les usages municipaux.

Néanmoins, lorsqu’on s’intéresse à la consommation nette d’eau, c’est-à-dire à la part de l’eau prélevée qui n’est pas restituée au milieu naturel, l’agriculture devient le premier secteur consommateur en France. L’irrigation représente à elle seule près de 60 % des volumes consommés, devant l’alimentation en eau potable (environ 26 %) et le refroidissement des centrales électriques (environ 12 %). Cette part est encore plus importante lors des épisodes de sécheresse, lorsque les besoins d’irrigation augmentent fortement.
Pour les entreprises, cette distinction est essentielle : une activité peut avoir une faible consommation directe d’eau tout en dépendant fortement de secteurs très consommateurs (agriculture, énergie, industrie), ce qui l’expose indirectement au risque hydrique via sa chaîne d’approvisionnement ou son territoire d’implantation.
Quelles conséquences dans un climat qui se réchauffe ?
Les tensions sur la disponibilité de l’eau vont donner lieu – et donnent déjà lieu dans certaines régions françaises – à des conflits d’usage importants entre riverains et acteurs industriels et agricoles.
Selon l’étude La demande en eau : prospective territorialisée à l'horizon 2050 publiée en 2025 par France Stratégie, le scénario tendanciel – c’est-à-dire celui qui prend en compte un maintien de la situation et des consommations actuelles sans adaptation aux tensions futures – présente la situation la plus défavorable entre 2020 et 2050 avec 70 % des bassins versants (portion d'espace terrestre à l'intérieur de laquelle tous les écoulements, en surface ou en profondeur, se dirigent vers le même exutoire, un cours d'eau, un lac ou la mer) en tension au moins un mois de l'année.
S’agissant des usages humains, toujours dans ce même scénario, 88 % du territoire métropolitain pourraient être en situation de tension modérée ou sévère en été en matière de prélèvements. Des restrictions d’usage de l’eau pour les activités agricoles, industrielles ou pour les particuliers seraient alors probables sur la quasi- totalité du territoire, avec des tensions sur les consommations particulièrement fortes dans le sud de la France en raison de la part importante que représente l’irrigation.
Enfin, France Stratégie met en avant une dégradation de la situation hydrique en hiver sur la majeure partie du territoire métropolitain. Cette évolution résulterait à la fois d’une diminution progressive des ressources disponibles et d’une hausse des besoins en prélèvements et en consommations d’eau.
Face à cette tendance, il apparaît nécessaire d’anticiper dès aujourd’hui l’adaptation des pratiques et des usages afin de réduire les pressions exercées sur les écosystèmes et de prévenir les tensions croissantes entre les différents utilisateurs de la ressource.

Comprendre le stress hydrique
Qu’est-ce que le stress hydrique ? Une situation dans laquelle la demande en eau dépasse les ressources en eau disponibles, dans une zone géographique déterminée.
Il ne se limite pas au seul manque d’eau, qui correspond à une insuffisance quantitative de la ressource due aux sécheresses ou à une forte demande, mais inclut aussi :
Les dégradations de la qualité de l’eau, rendant celle-ci impropre à certains usages en raison des pollutions agricoles, industrielles ou urbaines ;
Les difficultés d’accès à l’eau, liées aux infrastructures, aux capacités de distribution ou aux inégalités territoriales ;
Les tensions d’usage qui apparaissent lorsque plusieurs secteurs (agriculture, industrie, énergie, eau potable et milieux naturels) entrent en concurrence pour une ressource limitée.
Ainsi, le risque hydrique doit être compris comme un phénomène systémique, combinant contraintes physiques, techniques et socio-économiques, et pouvant affecter simultanément les territoires, les entreprises et les écosystèmes.
Le risque hydrique ne concerne donc pas uniquement les secteurs directement consommateurs d’eau, comme l’agriculture ou certaines industries lourdes. En réalité, toutes les entreprises sont exposées, même lorsque leur usage direct de l’eau reste limité, car elles dépendent de chaînes de valeur et d’écosystèmes productifs fortement consommateurs de la ressource.
Par exemple, les transports dépendent indirectement de l’eau via la production d’énergie, l’entretien des infrastructures et la fabrication des véhicules. Les activités de services, comme le nettoyage ou le tourisme sont exposées, en raison de leur dépendance à l’eau potable, à l’hygiène et à l’attractivité des territoires (lacs, rivières, stations balnéaires). Le secteur du numérique et des technologies est concerné mais aussi celui de l’énergie qui reste un secteur central puisqu’il mobilise l’eau pour le refroidissement des centrales et la production électrique. L’événementiel, quant à lui, dépend fortement de l’eau pour les infrastructures, la logistique et les usages sanitaires des sites accueillant du public.
Dans une approche de stress hydrique appliquée aux activités économiques, le véritable risque devient alors indirect : une sécheresse, une restriction d’usage ou une dégradation de la ressource chez un fournisseur peut interrompre la production, augmenter les coûts ou fragiliser l’ensemble de la chaîne de valeur.
Dans ce contexte, la gestion du stress hydrique évolue d’une logique de site à une logique systémique. Elle implique de cartographier non seulement ses propres usages de l'eau, mais aussi ceux des fournisseurs stratégiques et des territoires où ils opèrent. Cette approche supply chain est aujourd’hui centrale dans les analyses de résilience économique face aux risques climatiques.
Comment l’eau peut impacter les TPE, PME et ETI ?
L’étude L'eau et les PME en France : panorama de situation, publiée par l'Association scientifique et technique pour l'eau et l'environnement (Astee), met en lumière la dépendance souvent sous-estimée des PME à la ressource en eau. Elle repose sur un échantillon de 92 entreprises interrogées entre mai et novembre 2025, représentatif de différents secteurs (artisanat, industrie, services) et tailles d'entreprises (TPE, PME et ETI).
Les résultats sont parlants : une part importante des PME interrogées ne dispose pas de suivi précis de ses consommations d’eau (absence de comptage ou de pilotage dédié), et dans la même logique une majorité ne dispose pas de stratégie formalisée d’adaptation au stress hydrique (plans de sobriété, gestion de crise, anticipation réglementaire). L’étude met également en avant une sensibilité sectorielle avec des entreprises industrielles ou agroalimentaires déclarant plus fréquemment être concernées par les enjeux de disponibilité de l’eau que les entreprises de services.
Quels usages au sein des TPE, PME et ETI ?
Les usages de l’eau sont variés et reflètent la diversité des activités économiques. Selon l’étude de l’Astee, une part importante de la consommation est liée aux besoins quotidiens des bâtiments et aux processus de production.
Ainsi les usages sanitaires sont le premier poste de consommation d’eau dans les PME et ETI : toilettes, lavage des mains, vaisselle et opérations de nettoyage. Ils sont suivis de près par les usages pour les procédés de production : le rinçage, le lavage, la pulvérisation, le refroidissement des équipements ou encore l’alimentation des chaudières. Elle joue donc un rôle essentiel dans le fonctionnement des installations industrielles.
L’eau peut également être un ingrédient indispensable, dans ce cas là elle est intégrée directement dans les produits fabriqués et nécessite généralement un niveau élevé de qualité et de contrôle.
Enfin, elle est utilisée pour le chauffage et le refroidissement (notamment celui d’équipements industriels, moteurs ou infrastructures techniques), et pour des usages d’agrément qui comprennent notamment des aménagements paysagers ou décoratifs nécessitant un apport en eau.
Cette répartition montre que les enjeux liés à l’eau ne concernent pas uniquement les activités industrielles. Dans de nombreuses PME, les usages sanitaires et les services généraux représentent à eux seuls une part importante de la consommation totale, ce qui ouvre des possibilités d’économies accessibles à faible coût.
Quels risques pour les TPE, PME et ETI ?
Risques physiques : stress hydrique sur production, risques du terrain, risques d’inondation, de ruissellement, de sécheresse, etc.
Risques économiques : hausse des coûts, rupture d’approvisionnement, hausse matière première, coût de l’adaptation, etc
Risques énergie : essentielle dans la production d’énergie, particulièrement en France pour le système de refroidissement des centrales nucléaires.
Risques réputationnels : image, clients, appels d’offres, etc.
Risques réglementaires : notamment depuis l’Arrêté sécheresse qui met en place un cadre réglementaire permettant la réutilisation d’eaux non potables (eaux grises, pluviales ou recyclées) pour certains usages domestiques, collectifs et industriels, afin de réduire la consommation d’eau potable. Cet arrêté a permis de renforcer la gestion quantitative de l’eau en période de tension en adaptant le droit français à la directive-cadre européenne sur l’eau (DCE) et d’organiser une police de l’eau et des procédures administratives spéciales (autorisations, déclarations, contrôles).
Risques d’approvisionnement : les problèmes de disponibilité d’eau ne se limitent pas à la France et touchent plus intensément certaines régions du monde dont dépendent fortement la plupart de nos approvisionnements : ces risques de disponibilité, en qualité ou quantité (perturbation, retards de livraison, ruptures de stock, etc.) sont particulièrement importants.
Pourquoi le risque hydrique devient un sujet RSE ?
Longtemps considéré comme une problématique essentiellement liée à l’environnement, le risque hydrique est aujourd’hui un véritable enjeu de RSE. La raréfaction de la ressource, les effets du changement climatique et les attentes croissantes des parties prenantes conduisent les organisations à intégrer progressivement la gestion de l’eau dans leurs stratégies de développement durable.
Climat
Le risque hydrique est directement lié au changement climatique. L’augmentation des températures, la modification des régimes de précipitations et la multiplication des sécheresses entraînent une pression croissante sur la ressource en eau. Pour les entreprises, cela se traduit par des risques physiques pouvant affecter les activités, les sites de production ou les chaînes d’approvisionnement. La gestion de l’eau devient ainsi un enjeu d’adaptation et de résilience face aux conséquences du dérèglement climatique.
Biodiversité
L’eau joue un rôle essentiel dans le maintien des écosystèmes et de la biodiversité. Une pression excessive sur la ressource peut dégrader les milieux aquatiques, fragiliser les espèces et réduire les services rendus par les écosystèmes. La préservation de l’eau participe donc directement aux objectifs de protection de la biodiversité et de gestion durable des ressources naturelles, désormais intégrés dans de nombreuses politiques RSE.
Attentes du marché
Les attentes des parties prenantes évoluent rapidement. Les grands groupes demandent de plus en plus à leurs fournisseurs de démontrer leur maîtrise des enjeux environnementaux, y compris ceux liés à l’eau. Les investisseurs s'intéressent davantage aux risques climatiques et aux vulnérabilités des entreprises, tandis que les assureurs prennent progressivement en compte
l’exposition aux risques environnementaux dans leurs analyses. La gestion de l’eau devient ainsi un facteur de crédibilité et de différenciation sur le marché.
Même lorsqu’elles ne sont pas de grandes consommatrices d’eau, les PME seront de plus en plus sollicitées sur ce sujet. Les exigences des donneurs d’ordre se renforcent à travers les questionnaires fournisseurs, les démarches RSE et les appels d’offres intégrant des critères environnementaux.
Par ailleurs, les risques hydriques présents chez les fournisseurs ou sur certains territoires peuvent avoir des répercussions directes sur leur activité. Anticiper ces enjeux permet donc non seulement de réduire les risques, mais aussi de répondre aux attentes croissantes du marché et de renforcer sa compétitivité.
Comment évaluer son risque d’exposition au stress hydrique ?
L’Astee propose à chaque dirigeant de TPE, PME ou ETI de s’interroger sur sa gestion de l’eau, en répondant aux questions listées ci-dessous.
À quoi sert l’eau dans mon entreprise ? Quelles sont les différents usages dans mon activité (sanitaires, process industriel, chauffage, refroidissement, ingrédient, etc.) et quelle est leur part dans la consommation totale ?
Quelles sont mes sources d’approvisionnement ? Sont-elles fiables et durables ?
Comment mesurer et suivre ma consommation d’eau ? Ai-je un plan de comptage avec des compteurs installés sur chaque usage / poste consommateur ? Ai-je identifié des anomalies ou des surconsommations ?
Quelle est la qualité et la quantité d’eau disponible ? Ai-je suffisamment d’eau en quantité et en qualité pour assurer mes besoins actuels et futurs ? Quels sont les autres utilisateurs d’eau autour de mon site et comment leurs usages impactent- ils ma ressource ?
Quels sont les risques liés à l’eau pour mon entreprise ? Suis-je préparé à les gérer ? Quels sont les impacts possibles d’une pollution ou d’une situation extrême (canicule, sécheresse prolongée) sur mon activité ?
Quelles sont mes obligations réglementaires ? Mes analyses et contrôles sont-ils adaptés en fréquence et en qualité ?
Comment optimiser ma gestion de l’eau ? Ai-je envisagé des solutions pour réduire ma consommation (réutilisation, recyclage, amélioration des process) ? Ai-je identifié les coûts liés à l’eau (prix d’achat, traitement, énergie associée) ? Existe-t-il des aides ou accompagnements pour améliorer mon efficience hydrique ?
Ai-je sensibilisé mes collaborateurs aux enjeux de l’eau ? Comment mes fournisseurs et partenaires s’adaptent-ils aux contraintes liées à l’eau ?
Y a-t-il une opportunité de développement à ce que mon produit ou mon entreprise soit durable en eau ? Puis-je gagner de la valeur à être un acteur du territoire responsable sur la question de l’eau aujourd’hui ou demain ?
En répondant à ces différentes questions, le dirigeant peut mieux comprendre les usages de l’eau au sein de son entreprise, identifier les risques auxquels son activité est exposée et repérer les principales pistes d’amélioration. Cette démarche constitue une première étape vers une gestion plus durable, plus résiliente et plus efficace de la ressource.
Dans la continuité de cette démarche, l’Astee préconise des étapes à suivre pour adapter sa consommation et ses usages aux risques hydriques futurs.
Étape 1 : Réaliser un diagnostic précis de sa consommation
Collecter et analyser les données relatives à la consommation (volumes consommés sur une période donnée, postes de consommation), etc. Mais il s’agit aussi d’évaluer les risques hydriques, notamment physiques, auxquels l’entreprise est déjà confrontée.
Plusieurs outils permettent aujourd’hui d’analyser ces expositions à différentes échelles (mondiale, nationale ou locale) :
WWF Water Risk Filter : développé par le World Wide Fund for Nature (WWF), il s’agit d’un outil international qui permet d’évaluer les risques liés à l’eau à l’échelle d’un site ou d’une chaîne d’approvisionnement.
WRI Aqueduct : développé par le World Resources Institute, cet outil est une plateforme mondiale de cartographie des risques hydriques. Il permet de visualiser le niveau de stress hydrique, les risques de sécheresse et d’inondation, ainsi que la variabilité saisonnière de la ressource.
Géorisques : la plateforme Géorisques est un outil national de référence qui permet d’accéder à des données sur les risques naturels et technologiques, dont les risques liés à l’eau (inondations, remontées de nappes, ruissellement, retrait- gonflement des sols argileux).
Banque Hydro : il s’agit d’un outil public qui fournit des données sur les débits des rivières en France. Elle permet de suivre en temps réel ou en historique :
les niveaux d’eau des cours d’eau,
les périodes d’étiage (basses eaux),
les tendances hydrologiques sur plusieurs décennies.
InfoSécheresse : il s’agit d’un outil public permettant le suivi de plusieurs indicateurs de sécheresse comme l’état des nappes phréatiques, des cours d’eau, la pluviométrie ainsi que les températures observées.
Étape 2 : Identifier les sources de gaspillage et les pertes
Après ce diagnostic, il s’agit de repérer les fuites (usages inefficaces, équipements obsolètes, etc.). Un audit technique peut être réalisé pour détecter ces points faibles.
Étape 3 : Former et sensibiliser les collaborateurs
La consommation d’eau dépend aussi fortement des comportements individuels, il est donc important de sensibiliser les équipes aux enjeux de l'eau et de les former aux bonnes pratiques. Pour cela, les entreprises peuvent opter pour des communications régulières, des affichages pédagogiques, des actions de sensibilisation avec l'appui d’intervenants externes, etc.
Étape 4 : Mettre en place des actions correctives et un suivi des résultats
Sur la base du diagnostic et des observations, l’entreprise doit planifier des actions concrètes allant de la simple réparation des fuites de réseau jusqu’à la définition d’un plan d’action et de réduction des usages, plus stratégique et transversal. Après la mise en œuvre des actions, il est nécessaire de suivre régulièrement les consommations pour mesurer les économies réalisées et ajuster les pratiques.
Étape 5 : Intégrer la gestion de l’eau dans la stratégie RSE globale
Afin de pérenniser la démarche, la gestion de l’eau doit être pleinement intégrée à la politique environnementale de l’entreprise, avec la définition d’objectifs précis, la mise en place d’indicateurs de suivi et une implication active de la direction.
Cela peut également amener l’entreprise à accéder à des certifications environnementales reconnues et valorisantes. Par ailleurs, la réalisation d’une analyse des risques liés à l’eau (qualité, quantité, impacts environnementaux, etc.), notamment sous forme de matrice, contribue à structurer et à affiner la stratégie d’adaptation de l’entreprise.
Une dernière étape serait de s’intégrer et participer à des réseaux d’entreprises sur la thématique de l’eau. Cela permet, entre autres, de partager les retours d’expérience, d’accéder à des bonnes pratiques, de mutualiser des solutions techniques et de renforcer la capacité d’adaptation collective face aux risques hydriques.
Par qui se faire accompagner ?
Les agences de l’eau : financent et accompagnent les projets visant à réduire les consommations, limiter les pollutions et protéger les milieux aquatiques. Grâce aux redevances versées par les usagers de l’eau, elles redistribuent des aides sous forme de subventions ou d’accompagnements techniques, permettant aux entreprises de mettre en œuvre des solutions plus sobres et durables.
Les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) : proposent également un accompagnement personnalisé, incluant un diagnostic de l’impact de l’entreprise sur la ressource en eau (implantation géographique, usages, rejets, gestion des eaux pluviales, etc.). Sur cette base, elles aident à construire un plan d’action et à monter les dossiers de financement, ce diagnostic constituant souvent une étape préalable pour accéder aux aides publiques.
Les acteurs financiers et publics (ADEME, Bpifrance, Banque des Territoires) : ils peuvent soutenir les entreprises via des subventions, prêts ou dispositifs d’accompagnement pour la transition écologique et l’optimisation des ressources.
Les acteurs territoriaux comme les collectivités, services de l’État, chambres d’agriculture, syndicats d’eau ou pôles de compétitivité (par exemple Aquanova) complètent cet écosystème en structurant les politiques locales de l’eau et en accompagnant les dynamiques d’innovation.
Dans ce paysage, ECO-ECO agence conseil RSE peut également intervenir en appui des entreprises sur les dimensions de RSE, de structuration de démarches environnementales et de valorisation via des labels et certifications, en intégrant la gestion de l’eau dans une stratégie plus globale de performance durable.
Conclusion
Longtemps perçue comme une ressource abondante, l’eau devient progressivement un facteur de vulnérabilité pour les entreprises. Pour les PME, l’enjeu ne se limite pas à réduire leur consommation d’eau, il s’agit avant tout de comprendre leur dépendance à cette ressource, d’identifier les risques auxquels elles sont exposées – sur leurs sites comme au sein de leur chaîne d’approvisionnement – et d’anticiper les évolutions susceptibles d’affecter leur activité.
La bonne nouvelle est que de nombreuses actions sont accessibles, même avec des moyens limités. Réaliser un diagnostic, suivre ses consommations, sensibiliser les collaborateurs, améliorer les équipements, dialoguer avec ses fournisseurs ou encore intégrer la gestion de l’eau dans sa stratégie RSE sont autant de leviers qui permettent de renforcer la résilience de l'entreprise tout en générant, dans de nombreux cas, des économies et des gains de performance.
Face à un contexte où les tensions sur l'eau sont appelées à s'intensifier, anticiper plutôt que subir devient un véritable facteur de pérennité. Les PME ont toute leur place dans cette transition. En s'appuyant sur les nombreux outils et dispositifs d'accompagnement existants, elles peuvent transformer le risque hydrique en un levier d'innovation, de performance durable et de création de valeur pour leur entreprise comme pour leur territoire.



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